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Nicolas Bouvier, harcelé au collège : « On ne va pas à l’école pour mourir »


À 23 ans, Nicolas Bouvier a déjà consacré trois livres au harcèlement scolaire. Un poison dans sa vie qui est devenu une cause à défendre.
Il est plein de colère, 10 ans après les faits. « Je ne pourrai pas oublier ce que j’ai vécu. Mais c’est relatif par rapport à tout ce qui aurait pu arriver. L’expression “Il faut vivre avec son temps”, ça me détruit. Ou “ça a toujours existé” »… Ce n’est pas pour ça que ça doit continuer, d’autant que c’est encore plus violent aujourd’hui, avec Internet notamment, et que ça peut commencer très tôt ».
Il est plein de rage contenue, Nicolas Bouvier. Et de détermination. « Le harcèlement, ce n’est pas une fatalité. On ne va pas à l’école comme à la jungle, pour mourir, mais pour s’instruire. On n’apprend pas la vie en se faisant maltraiter ; il faut des sanctions ».
En 2001, le gamin rentre en sixième. Il a fini son primaire « sur une bonne lancée ». Mais « dès les premières semaines de collège, j’ai senti une hostilité ». Plus tard, il comprend que c’est sa « différence » qui déclenche les hostilités. Il est bosseur, brillant, mature, un peu rétro, un peu rond aussi. Il subit remarques, insultes, coups, crachats, vols récurrents… « Le pire, c’est en quatrième ; j’ai pensé au suicide. J’avais une vie de merde ».
Ces dernières années, il a écrit trois livres sur le harcèlement, plus un quatrième et il en a plein d’autres en tête. Mais « vie de merde », il ne l’a jamais dit encore… Et toute sa hargne remonte d’un coup, dans sa voix et son cœur. « Depuis, rien n’a changé, tout a même empiré, constate-t-il. Toutes les semaines, je reçois des témoignages de harcèlement, de parents, de profs, d’élèves, de directeurs… ».
« Sourd et aveugle »
Pendant trois ans et demi, Nicolas Bouvier a gardé le silence sur ce qu’il endurait. Aujourd’hui, il parle, sans s’arrêter. Porte-parole des victimes qui, comme lui, subissent la loi du silence. « À l’Éducation nationale, il y a une volonté d’être ignorant et aveugle, dénonce-t-il. Je n’ai jamais entendu un ministre proposer une solution. Par expérience, le harcèlement est une affaire collective ; la solution, c’est le dialogue ». Il y a bien eu la loi de 2014 sur le cyber-harcèlement. « Mais elle est passée en catimini et on ne propose rien d’autre. Les faits restent des faits divers, on en parle quand c’est trop tard. La solution commence par là : arrêter de laisser faire ».
En février 2005, deux de ses camarades de classe le suivent à la sortie du collège. Ils font une tête de plus que lui, ils le prennent en sandwich. « Pour la première fois, j’en avais parlé le midi chez moi. Mon père est arrivé, il les a chopés ; ils ont été humiliés devant tout le monde. Moi, j’ai rigolé, un réflexe bizarre, un soulagement… »
Du jour au lendemain, son calvaire s’est arrêté. Pas sa souffrance, qui le mine, à répétition. Car, harcelé, Nicolas Bouvier l’a été aussi au club de foot, puis dans son travail et encore dans sa vie privée, sur Internet cette fois. Écrire a « vraiment été une thérapie, pose-t-il. J’ai vraiment pu dire ce qu’était la différence ». Cette fameuse différence qui l’a poursuivi toutes ces années. « Le harcèlement scolaire est un poison. Dans chaque école de France, il y a un enfant sur trois qui le vit, à sa manière, même si ce n’est pas flagrant ».
Ouvertement, dans ses livres, sur son blog, dans une pétition, il plaide pour une campagne de prévention à la télé, « pour faire mouche comme la prévention routière ». Pour une loi qui réprime et sanctionne les auteurs. Pour une refondation de l’école, qui s’inquiéterait moins du latin et du grec, mais remettrait au centre la morale, la discipline, l’autorité, la hiérarchie, la communication. « J’essaie d’apporter un message d’espoir. Et qu’on revienne me dire qu’il n’y a rien à faire ou me traiter de fasciste ». Car alors, sa colère déborderait… 
A venir. Lecteur habitué à la Foire du livre, Nicolas Bouvier pourrait participer à la prochaine en tant qu’auteur, en novembre prochain. Avant cela, il dédicacera son dernier livre, Souviens-toi (en vente surwww.sudarenes.com/ecrivain – 54.htm), à Cultura, à Brive, le 6 juin, de 10 heures à 18 heures. Contact : nicolas-bouvier.tk.