- Obtenir le lien
- X
- Autres applications
La réforme du collège en cinq questions
Des élèves de 3e du collège Donzelot (Limoges) à l’heure des choix d’orientation. - stephane Lefèvre
Alors que les syndicats sont divisés, le recteur entend apaiser le débat. Mais le projet de Najat Vallaud-Belkacem est incontestablement un sujet passionnel...
Lieu de tous les échecs et de toutes les confrontations, le collège doit urgemment être réformé. C’est la seule question qui fait l’unanimité, tant au niveau du ministère que chez les syndicats. Mais ce consensus sur le fond se heurte à de sérieuses divergences sur la méthode...
1 - Faut-il réformer le collège ?
- Le recteur Luc Johan. « Oui, c’est le premier constat qui s’est imposé à moi lorsque je suis arrivé au rectorat de Limoges. Le collège a besoin d’être réformé. Dans sa configuration actuelle, il ne garantit pas les acquisitions de base et accroît les inégalités. 20% des jeunes sont en difficulté. Pour moi, le pire serait qu’on ne fasse rien. »
- Boris Duniau (SE-Unsa Limousin). « Oui, c’est une évidence. Trop d’élèves sont en souffrance, trop sont en échec. »
- Patrice Arnoux (Snes-Fsu-Limousin). « Oui, le collège a besoin d’une réforme, mais elle passe nécessairement par la réduction des effectifs et l’amélioration des conditions d’encadrement, ce qui n’est pas le cas. »
2 - Les EPI (enseignements interdisciplinaires) créeront-ils des inégalités entre établissements et tireront-il le niveau par le bas ?
- Marianne Corrèze (Snes). « Oui. Ils entraîneront la diminution des horaires disciplinaires et le renvoi au local pour les moduler. Les établissements seront poussés à différencier leurs objectifs selon leur recrutement et les pressions sociales, au détriment d’un égal accès de tous à la culture et aux savoirs. »
- Le recteur Luc Johan. « Non, au contraire. Les EPI donneront de l’air aux établissements, il permettront enfin aux équipes pédagogiques de s’emparer de l’interdisciplinarité. Chaque collège aura une marge de manœuvre de 20%, c’est un équilibre raisonnable. Je rencontre régulièrement des enseignants ayant un potentiel d’innovation extraordinaire qui ne demande qu’à s’exprimer. Et il faut cesser de croire que cela pénalisera les bons élèves. Un bon élève roule tout seul, quel que soit le contexte. Et lui aussi pourra tirer profit de ces innovations. »
- Boris Duniau (Se-Unsa). « Les EPI ne tireront personne vers le bas, ils ne feront que mettre en pratique ce que l’on tente déjà de faire dans de nombreux établissements. C’est vrai, l’interdisciplinarité est une autre manière d’enseigner. Mais on a confiance dans la capacité d’adaptation de la grande majorité de nos collègues. »
3 - L’allemand est-il en danger , notamment en raison de la disparition des classes bilangues ?
- Le recteur Luc Johan. « Non. Cette polémique est surprenante alors que la réforme donne justement une large part aux langues vivantes. Il y a des années que l’on essaie de redynamiser l’allemand, on a même créé une classe Abibac l’an dernier. Introduire une deuxième langue vivante en 5e est un effort considérable. En Limousin, 9% seulement des collégiens font allemand en LV2. Il est quasi-certain qu’avec cette réforme, dans l’avenir ils seront plus nombreux, à condition bien sûr qu’il y ait un travail explicatif en amont, ce que nous avons bien l’intention de faire. »
- Boris Duniau (SE-Unsa). « Je ne crois pas. Les établissements accueillant des classes bilangues vont perdre des heures d’enseignement de l’allemand. Mais ils en regagneront une partie avec la LV2 en 5e. Et là où des expériences sont menées, la proportion de germanistes a augmenté. »
- Marianne Corrèze (Snes-Fsu). « Oui, c’est principalement l’allemand qui va pâtir de la disparition des classes bilangues puisque ces dernières ne proposent généralement que l’offre anglais/allemand. Elles permettaient aussi une certaine mixité sociale en évitant la fuite de certains établissements. »
4 - Quid du latin, du grec ?
- Le recteur Luc Johan. « Les pratiques actuelles limitent l’accès au latin et au grec. Seuls 19% des élèves suivent l’option dans l’académie de Limoges. Cette réforme rendra enfin la culture classique accessible à tous. »
- Marianne Corrèze (Snes). « Le latin et le grec disparaissent purement et simplement. Pour conserver l’option en marge des EPI, les enseignants en lettres devront batailler dans chaque établissement, car toutes les autres disciplines devront leur concéder les deux heures hebdomadaires qui leur resteront. »
5 - Y aura-t-il des moyens supplémentaires pour mettre en place la réforme ?
- Luc Johan. « 4.000 postes, plus exactement des ETP (équivalents temps plein) seront créés. Contrairement à ce qui se dit, ce n’est pas une réforme à moyens constants. »
- Patrice Arnoux (Snes). « Cela ne devrait guère représenter plus de dix heures supplémentaires par collège public. Rien ne garantit, par exemple, que l’accompagnement personnalisé sera financé en demi-groupe, sauf au détriment des dédoublements dans d’autres disciplines. Il ne s’agit pas d’œuvrer pour la réussite des élèves, mais de renvoyer à la gestion locale les insuffisances budgétaires de l’Education Nationale. »
- Boris Duniau (Se-Unsa). « 4.000 postes, on peut toujours dire que ce n’est pas assez, mais il faut être réaliste sur la capacité budgétaire de l’Etat et on ne peut pas déshabiller les lycées pour habiller les collèges. C’est une réforme qui va dans le bon sens, loin de l’élitisme prôné par certains. Les moyens donnés jusqu’à présent à une minorité d’élèves seront tout simplement redistribués à la plus grande majorité. »
Florence Clavaud-Parant
La Montagne 19/05/2015
- Obtenir le lien
- X
- Autres applications