Cannabis : des fumeurs plus jeunes, mais aussi plus nombreux
Le cannabis reste la drogue la plus consommée en France, mais aussi en Europe - Photo d'illustration - Camille Mazoyer
« Fais tourner le splif », disent-ils entre eux. « Ils », ce sont les consommateurs de cannabis. De plus en plus jeunes, mais aussi plus nombreux, à Issoire.
Elle est la drogue la plus consommée en France. On la dit « douce », et les mots ne manquent pas pour la désigner : « ganja, chichon, haschich, beu… » Ou de façon plus conventionnelle, cannabis. Son usage avait diminué, cette dernière décennie, avant de repartir à la hausse, l’an passé.
Plus inquiétant, les adolescents seraient toujours plus nombreux à la consommer. Ainsi, 47,8 % des 17 ans l’auraient expérimentée au moins une fois dans leur vie, contre 41,5 % en 2011, selon une étude réalisée, l’année dernière, par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT).
Une augmentation constatée à l’échelle nationale, mais aussi à Issoire où, depuis 2011, le Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), propose des consultations aux consommateurs de drogues, et donc de cannabis.
Des usagers dont le profil semble avoir évolué, ces dernières années. « Ils sont de plus en plus jeunes », constate Hugues Leloup, médecin addictologue à la structure. « Les filles, elles aussi, sont plus nombreuses à consommer. Et l’usage régulier, voire quotidien, concerne également de plus en plus d’adolescents. »
C’est le cas, par exemple, de Thomas (*). « J’ai commencé à fumer du cannabis à l’âge de 13 ans, se souvient cet Issoirien, aujourd’hui âgé de 27 ans. Avec les copains, comme ça, dans la cour de récré… »
Comme c’est le cas, très souvent, pour l’essentiel des jeunes. Mais ce n’est pas vraiment cette consommation-là qui inquiète les professionnels de santé. « Un usage purement “festif” et occasionnel du cannabis, sans être recommandé, n’est pas non plus dramatique », relativise le docteur Leloup. « Cette consommation de “loisirs” concerne la majorité des adolescents. Mais le cannabis devient problématique, en revanche, lorsqu’il est consommé de façon plus régulière, c’est-à-dire plusieurs fois par mois, semaine, voire tous les jours ».
Très vite, des symptômes apparaissent. Thomas, qui pouvait fumer jusqu’à « dix joints par jour, de 15 à 20 ans », l’a constaté. « On a des problèmes de mémoire, des difficultés de concentration, une perte de motivation… C’est un peu la léthargie tous les jours ».
Pour autant, l’addiction physique au produit reste limitée. « Elle est faible, si ce n’est quasi nulle, insiste Hugues Leloup. Dans tous les cas, elle est beaucoup moins importante qu’avec l’alcool et le tabac, par exemple ».
Mais la dépendance psychique, elle, est bien réelle. « Là, c’est plus difficile. L’usager n’a pas envie de consommer ; il en a besoin, et cela même si son corps ne le réclame pas. »
De cette accoutumance-là, Thomas s’est accommodé. Il reste, encore aujourd’hui, un consommateur quotidien. « Je fume un joint par jour, le soir, en sortant du boulot, comme d’autres boivent un verre de vin. Sans m’aider, cela ne m’a pas empêché non plus d’aller jusqu’en BTS et d’avoir du travail ».
Mais sans lui épargner, au passage, quelques soucis de justice. « J’ai eu une suspension de permis pendant trois mois parce que j’ai été contrôlé positif au THC* ».
Et si c’était à refaire, son premier joint, Thomas ne l’allumerait pas. « Au final, on a des soucis de santé, d’argent, de justice… Bref, ça fait quand même beaucoup de soucis ».
Sarah Bourletias
(*) Le prénom a été modifié.
(*) Tétrahydrocannabinol : la substance active du cannabis.